Confus ou curieux?

La surveillance acoustique passive à l’aide de microphones ancrés dans les fonds marins est une technologie fort utile puisqu’elle permet d’amasser une foule de données d’une manière jugée sécuritaire et peu gênante pour la faune.

Depuis 2022, de tels récepteurs ont été déployés dans le fjord d’Inglefield Bredning, au nord-ouest du Groenland, afin d’étudier, entre autres, les bruits naturels et anthropiques de ce milieu arctique. Mais voilà qu’une analyse des relevés sonores par un groupe de recherche de l’Université de Hokkaido, au Japon, démontre que cette approche est plus encombrante que supposée.

C’est en déchiffrant les signaux enregistrés durant les périodes d’août à novembre 2022 et 2023 que l’équipe a noté, entremêlés dans les échos sonores de narvals, des sons de frottement mécanique que les scientifiques présument être le résultat de contacts corporels de ces cétacés avec des éléments de l’ancrage et les microphones eux-mêmes. Ces chocs, parfois au nombre de quatre ou cinq par minute, se produisaient à des vélocités atteignant jusqu’à 3,4 m/s, une vitesse de plongée verticale typique à ce mammifère. Bien que les narvals possèdent un sonar très développé, l’équipe soupçonne qu’ils confondent les récepteurs avec leurs proies ou qu’ils démontrent une curiosité imprudente envers ces objets. Puisque la morphologie du narval — sa longue défense et la forme de sa queue — le rend particulièrement vulnérable à l’enchevêtrement dans les amarrages, l’équipe invite la communauté scientifique à reconnaître les risques que posent ces appareils et à revoir le mythe persistant selon lequel les narvals seraient effrayés par eux.

Source : Communications Biology, novembre 2025

Crédit photo: Wikimedia Commons