Dindons à bord
À la fin des années 1750, la Nouvelle-France, malmenée par la Grande-Bretagne, était ravitaillée par des convois maritimes escortés de navires corsaires.
Un de ces corsaires, le Machault, sabordé avec sa cargaison peu après la bataille de la Ristigouche et retrouvé en 1969, contenait, à la suite d’une analyse des ossements, de la viande de boucherie — quartiers de boeuf et de porc — de même que de la volaille de toutes sortes, dont deux dindons. Déterminer l’origine ainsi que la nature domestique ou sauvage de ces dindons est d’intérêt historique afin de comprendre les sources d’approvisionnement des colons et les mouvements du Machault avant son sabordage. C’est pourquoi des scientifiques d’institutions canadiennes, britannique et norvégienne ont analysé, outre leur ADN, le contenu isotopique en carbone et en azote des restes osseux de ce duo aviaire. L’analyse des isotopes 13C et 15N révèle que les dindons étaient probablement nourris de maïs, une culture alors rare en Nouvelle-France. Cela suggère que ces gallinacés provenaient vraisemblablement de colonies anglo-américaines situées plus au sud, où le maïs était bien établi. Il s’agirait donc de dindons domestiqués, possiblement confisqués à des bâtiments anglais lors de raids du Machault. Le séquençage de leur ADN est, quant à lui, cohérent avec une ascendance mésoaméricaine, l’ancêtre sauvage à l’origine de la lignée des dindons domestiques étant une espèce indigène à la portion sud du Mexique. Ces détails archéozoologiques affermissent le récit de la dernière épopée du Machault tout en permettant aux chercheurs de retracer, une espèce à la fois, la provenance de son chargement de vivres.
Source : Journal of Archaeological Science : Reports, octobre 2025
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