Des vers aux facultés affaiblies

La culture du cannabis génère des quantités importantes de résidus de plants, dont une grande partie est envoyée dans des sites de compostage.

Ces sites utilisent, entre autres organismes détritivores, le lombric du fumier, également appelé ver à compost parce qu’il est particulièrement efficace à la tâche. Une équipe de chercheuses de l’Université métropolitaine de Toronto s’est demandé quels pourraient être les effets de certains métabolites de la plante, notamment le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD), sur cet invertébré puisque ce sont ces mêmes composés qui confèrent au cannabis ses propriétés psychoactives et pharmacologiques chez l’humain.

Pendant 28 jours, différents groupes de vers ont été nourris exclusivement de cannabis, de laitue romaine et/ou de basilic, les biologistes mesurant les effets de ces diètes sur la croissance, la survie et le comportement des annélides lorsqu’exposés à des stimuli de chaleur et de lumière. Les résultats indiquent que les vers alimentés au cannabis ont un taux de survie comparable à celui des autres groupes et qu’ils répondent normalement à la lumière. Toutefois, la consommation de cannabis fait que les vers, quand ils sont exposés à un stimulus thermique qu’ils veulent fuir, ont un temps de réaction plus long et le font à une vitesse inférieure, ce qui laisse les chercheuses soupçonner des effets sous-létaux significatifs. Cette étude souligne la nécessité de mieux comprendre les conséquences de l’exposition des invertébrés décomposeurs du sol aux métabolites de plantes industrielles qui sont potentiellement toxiques pour eux.

Source: Revue canadienne de zoologie, octobre 2024