Des bactéries prévoyantes

De nombreuses espèces animales et végétales sont aptes à détecter les changements dans la durée du jour et de la nuit, une faculté leur permettant d’être prêtes à affronter l’hiver et d’en émerger à la fonte des neiges.

Or qu’en est-il des organismes unicellulaires qui ne subsistent parfois même pas 24 heures avant de se diviser pour engendrer la prochaine génération ? Sont-ils en mesure d’anticiper les défis saisonniers des mois à venir afin que leur lointaine descendance y soit bien adaptée? D’après des biologistes de l’Université Vanderbilt, au Tennessee, la réponse est oui.

Les chercheurs ont fait croître des cyanobactéries — ces algues bleu-vert qui envahissent certaines étendues d’eau en été — en les soumettant, chaque fois pendant huit jours consécutifs, à différents régimes journaliers de luminosité : court (8 heures de lumière suivies de 16 heures d’obscurité [8:16]), équinoxial (12:12) ou long (16:8). Le neuvième jour, ces cultures étaient exposées à une température de 0 °C pour simuler l’hiver, et leur taux de survie mesuré. La culture la plus résistante étant celle soumise au cycle 8:16 — celui qui annonce l’hiver —, ces résultats suggèrent que les bactéries, en seulement quelques divisions, sont en mesure de se préparer aux grands froids simplement à la lecture de la luminosité ambiante. L’équipe conclut que le chronométrage photopériodique semble être le propre d’organismes beaucoup plus simples qu’on ne l’imaginait auparavant et qu’il s’agirait là d’une adaptation très ancienne au stress saisonnier.

Source: Science, septembre 2024

Crédit photo: Adobe Stock