Un nid ici, un nid là
La majorité des espèces d’oiseaux qui migrent au printemps ne nichent pas en route, le but étant d’abord d’atteindre les forêts riches en nourriture afin de pourvoir aux besoins des oisillons.
Les biologistes soupçonnent cependant quelques espèces de superposer migration et reproduction: ce serait ainsi le cas du coulicou à bec jaune, de l’oriole des vergers et de la bécasse d’Amérique. Or, démontrer sans équivoque ce comportement est complexe, puisque cela exige de suivre sur de vastes distances un grand nombre d’individus. C’est néanmoins ce qu’a réalisé une équipe de chercheurs états-uniens et d’Environnement et Changement climatique Canada après avoir muni de GPS des centaines de bécasses d’Amérique femelles entre 2019 et 2022.
En monitorant au quotidien la localisation des individus, les scientifiques ont été en mesure d’identifier les femelles qui semblaient s’être arrêtées, indiquant une nidification possible. Alertés, des collaborateurs s’empressaient alors de se rendre sur le terrain pour attester la présence d’un nid. C’est ainsi que l’équipe a pu montrer qu’au-delà de 80% des femelles nichent durant la migration, parfois plus d’une fois, et qu’en moyenne elles parcourent 800 km entre la première et la deuxième nichée, et 200 km entre les nichées subséquentes. Les chercheurs expliquent ce rare phénomène par, entre autres, le faible investissement énergétique que demande la construction du nid — une simple dépression dans le sol —, l’élevage d’oisillons très précoces qui exigent peu d’attention, de même qu’une longue saison de reproduction qui s’étend de mars à août.
Source : Proceedings of the Royal Society B, mars 2024
Crédit photo: Wikimedia Commons


