Au goût du loup

Il y a 13 000 ans disparaissaient du Yukon plusieurs mammifères tels le cheval, le mammouth et le chat des cavernes.

Si l’arrivée d’Homo sapiens en Amérique a contribué à ces extinctions, le changement climatique de cette lointaine époque n’y a pas été étranger, le territoire s’étant converti de steppes en forêt boréale. Malgré ces transformations, le loup gris, lui, a survécu. Comment s’est-il adapté là où d’autres ont échoué ? Et sa capacité d’adaptation d’alors pourra-t-elle à nouveau lui servir face aux bouleversements actuels du climat arctique?

C’est en examinant les éraflures sur la dentition de restes de loups gris yukonais pléistocènes et modernes que des scientifiques canadiens et états-uniens ont d’abord relevé l’absence de différences substantielles. Pour Zoe Landry, étudiante à l’Université Carleton et auteure principale de l’étude, une première conclusion s’impose: «Au cours des âges, le loup gris a maintenu son statut de chasseur actif et, contrairement à ce qu’ont suggéré d’autres recherches, n’était pas un charognard broyant des ossements durant le pléistocène.» De plus, en analysant les rapports des isotopes d’azote et de carbone présents dans le collagène des os du loup et en les comparant à ceux de ses proies potentielles, l’équipe a déterminé que le cheval, un ongulé, constituait en ces temps reculés sa prise principale. Sachant qu’aujourd’hui, orignaux et caribous — eux aussi des ongulés — sont les proies usuelles du loup gris, les chercheurs concluent que la préservation de ces cervidés est un facteur clé du maintien du loup au Yukon.

Source : Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology, juin 2021

Crédit illustration: Julius Csotonyi, Gouvernement du Yukon