Un rudiste mis à nu

Comment un coquillage fossile âgé de 70 millions d’années peut-il étayer l’hypothèse selon laquelle l’année terrestre excédait alors 365 jours?

«En interrogeant chacune de ses couches quotidiennes de croissance», déclarent des scientifiques belges qui ont publié une analyse chimique détaillée d’une coquille du rudiste Torreites sanchezi, un mollusque bivalve contemporain des derniers dinosaures. En dépouillant ce fossile couche par couche — 40 millièmes de millimètre d’épaisseur à la fois — et en mesurant dans chaque tranche la quantité de différents métaux, les chercheurs ont d’abord réussi à reconstruire le cycle des saisons, une étape incontournable afin de définir les bornes d’une année entière ; grâce à neuf ans de strates successives, ils ont établi que le mollusque déposait 372 couches de calcite par année solaire. Celle-ci étant invariable, le jour durait donc 23 heures 31 minutes à cette époque. En outre, à l’intérieur de chaque couche, les scientifiques ont observé des variations en deux temps, cohérentes avec une croissance diurne suivie d’un répit nocturne; ce lien avec l’intensité lumineuse refléterait une symbiose entre T. sanchezi et un plancton photosynthétique nécessaire à sa croissance. L’équipe soutient que son approche d’analyse hyperfine des coquillages fossiles — à l’échelle de moins d’une journée — permettra de mieux comprendre les conditions climatiques en ces temps reculés.

Source: Paleoceanography and Paleoclimatology, mars 2020

Crédit illustration: Claude Thivierge