Un rarissime croisement

En 1990, un chasseur du Groenland harponnait un cétacé d’aspect inusité au large de la baie de Disko.

Ce mammifère marin, à la peau uniformément grise, possédait une queue caractéristique d’un narval mais des nageoires pectorales ressemblant plutôt à celles d’un béluga. Il n’arborait pas non plus la longue défense spiralée du narval mâle. Après dépeçage, seul le crâne de l’étrange animal fut préservé. Envoyé au musée d’histoire naturelle du Danemark, on attribua l’ossement à un béluga aberrant. Quelques biologistes, se basant sur des mesures crâniennes, suggérèrent à l’époque qu’il s’agissait peut-être d’un hybride résultant d’un croisement jamais décrit auparavant, celui d’un béluga et d’un narval.

Or une équipe du musée vient de confirmer cette hypothèse d’hybridation grâce à une comparaison détaillée de l’ADN de ce cétacé. Les chercheurs concluent que le spécimen était de sexe masculin et issu d’un rare accouplement entre un mâle béluga et une femelle narval. Les deux espèces, qui appartiennent à la famille des monodontidés, sont parfois vues nageant ensemble, comme le précise Jean-Pierre Sylvestre, expert des cétacés et collaborateur au magazine: «Depuis deux à trois ans, un jeune narval mâle est observé en compagnie d’un groupe de bélugas du Saint-Laurent. L’occasion est belle, faut-il espérer, d’être témoin d’un tel croisement.» Une histoire à suivre!

Source : Scientific Reports, juin 2019

Crédit photo: GREMM