De petites merveilles près des égouts

Je suis toujours heureux de voir poindre le printemps: les oiseaux gazouillent, la verdure réapparaît ici et là et une odeur spéciale flotte dans l’air. Ce qui me plaît moins, c’est la vue des bancs de neige souillés de poussières, de sable et de gravier. Beurk! J’évite presque de les regarder! Or, depuis quelques années, j’ai noté qu’il vaut la peine, lors de promenades dans le quartier par les matins encore frisquets de la fin de mars et du début d’avril, d’inspecter les congères situées au-dessus des bouches d’égout. Pourquoi? Parce que la vapeur d’eau qui s’en échappe cristallise sur la neige, créant des structures admirables en forme de plumes et d’éventails et d’une blancheur éclatante qui tranche avec l’aspect morose des vieux bancs de neige. Il faut y aller tôt, cependant, car ces fins cristaux n’ont aucune résistance au soleil et disparaissent même sous l’effet de la respiration si on s’en approche trop.

Pierre Bonneau est rédacteur en chef au magazine Nature sauvage

Crédit photo : Pierre Bonneau