Tomber pile
Ce printemps, en empruntant l’étroit sentier de chevreuil qui longe le ruisseau, enjambant des aulnes couchés par le poids de la neige de l’hiver et passant par-dessous un arbre déraciné, j’ai failli mettre le pied sur une bécassine couchée sur son nid. Elle a pris son envol au dernier moment et j’ai eu la surprise de découvrir quatre jolis cocos. Un peu de la même manière, la semaine dernière, voulant utiliser une planche cordée dans ma pile de vieux bois, je suis tombée sur une gélinotte huppée couvant sa nichée bien à l’abri de la toile qui recouvrait les matériaux. Elle était si bien camouflée que, encore une fois, il en aurait fallu de peu que je lui mette le pied dessus. Ne pouvant s’enfuir que vers l’avant, elle m’a fait sursauter alors que ce tas de plumes s’est élancé vers moi dans le bruit des battements d’ailes. Pour la première fois, je voyais le nid de la gélinotte huppée rempli d’œufs. Mon projet de bricolage pouvait attendre; j’ai battu en retraite pour ne pas la déranger. Je suis retournée quelques jours plus tard. Toute la famille avait quitté les lieux ne laissant comme trace de leur présence que les coquilles sur un lit de feuilles de hêtre.
Josée Caron est directrice artistique au magazine Nature sauvage
Crédit photo : Josée Caron


