L’embarras du quartier
Il y a de ces choses dans la nature qui laissent perplexe, entre autres ces trucs qui se sont mis à croître sous l’épinette bleue de ma cour avant. Au printemps dernier, j’ai répandu du paillis de cèdre afin de contrôler les herbes indésirables. Tout allait bien jusqu’aux beaux jours de l’automne quand soudain d’épaisses tiges blanchâtres ont émergé du sol, surmontées d’un capuchon sombre, le tout d’une forme si suggestive que j’avais peine à en permettre la vue au voisinage. Vivement d’arracher ces impudiques spécimens, pour en voir trois ou quatre autres le lendemain, au garde-à-vous, me narguer du haut de leur quinzaine de centimètres. Par chance, ces objets se dégonflent vite, perdant leur orgueilleux aplomb et se transformant en une molle masse de chair aux effluves accablants. Vous aurez deviné qu’il s’agit d’un champignon, le bien nommé Phallus ravenelii (ou satyre puant de Ravenel), très commun, paraît-il, dans les copeaux de cèdre. Voilà le dessous de mon épinette désormais contaminé par les spores de ces impertinents intrus.
Pierre Bonneau est rédacteur en chef au magazine Nature sauvage
Crédit photo : Pierre Bonneau


