Jeux de société
par Michel Leboeuf
VIVRE EN GROUPE n’est pas toujours facile. Mais les
avantages semblent plus nombreux que les inconvénients.
C’est pourquoi, outre Homo sapiens, plusieurs
autres espèces y ont recours. Le plus important bénéfice
de vivre en communauté est sans aucun doute
de pouvoir mieux se défendre contre les prédateurs.
Au sein des sociétés animales, chaque individu profite
des yeux, des oreilles et du nez de tous les autres
pour détecter des ennemis potentiels. Découvrez plusieurs
autres avantages à vivre en société en parcourant
GRANDEUR NATURE, notre grand reportage photo.
Chez certains animaux sociaux (perroquets, loups, baleines,
dauphins, primates), la socialisation passe par
le jeu. Une manière pour l’animal, croit-on, d’apprendre
les tactiques de poursuite et de capture des proies
propres à son espèce, de se mesurer à ses congénères
pour mieux prendre son rang de dominé ou de dominant,
et enfin d’augmenter ses capacités cognitives et
innovatrices.
La loutre de rivière est l’une des espèces vedettes de cette édition de Nature sauvage. Joviale sauvagesse, elle ne rate jamais une occasion, même adulte, de batifoler dans l’eau en compagnie de ses semblables. Une surprenante disposition au jeu, dont bien peu de personnes – outre quelques rares chanceux – sont témoins. Active toute l’année, la loutre folichonne même l’hiver, glissant sur les talus de neige ou de glace, apparemment sans aucune autre raison que le plaisir inhérent à la chose. Serait-ce du fait qu’en cette saison, les poissons engourdis, proies faciles, lui laissent plus de temps pour s’amuser ?
Ce numéro de Nature sauvage vous invite également à
la découverte d’un autre pays à la fois tout près et si
loin : la toundra. Un endroit rigoureux, au sol ingrat et
froid, considérablement moins diversifié que notre
pays à nous, celui du Sud, mais qui, en raison de ses
ressources formidables, alimente ces jours-ci les rêves
de grandeur de nos élites politiques et des partisans du
développement tous azimuts. Pourtant, la toundra est
un écosystème unique, et tout y est demeuré intact depuis
des millénaires, en fait depuis que les derniers
glaciers l’ont mise à nu. Raison de plus pour s’interroger
avant de s’y aventurer plus avant. Fruit du hasard
des choix de sujets pour cette édition, quelques animaux
sociaux traités dans GRANDEUR NATURE, comme le
caribou et le boeuf musqué, sont des espèces emblématiques
de la toundra. Des espèces qui jouent chaque
hiver à un jeu dangereux : celui du tout pour le tout.
Car là-haut, il n’y a pas de faux-fuyant ; tout y est net,
froid, cristallin. Il faut endurer pour durer, un point,
c’est tout. La chair de poule, c’est pour les bêtes du
Sud.
Faites une visite virtuelle de notre premier numéro. N’hésitez pas à nous envoyer vos
commentaires. Dites-nous ce que vous aimez, ce que
vous aimeriez voir et lire dans Nature sauvage. Dernière
petite chose : dites-nous donc aussi combien de fois
vous avez feuilleté cette première édition... En bas de
trois fois, nous nous inquiéterons. Plus d’une dizaine
de fois, nous aurons compris avec plaisir que notre
nature n’est plus aussi sauvage qu’elle l’était ! 
